Confort d'été en RE2020 : ce sont les DH qui décident, pas le Bbio
Sur les projets qui coincent en RE2020, l'indicateur qui bloque n'est presque jamais celui qu'on redoutait. On arrive avec une inquiétude sur la consommation, on repart avec un problème de surchauffe.
Le réflexe qui ne marche plus
Pendant vingt ans, la thermique réglementaire a récompensé un seul geste : isoler davantage. Plus l'enveloppe était performante, meilleurs étaient les indicateurs. Le réflexe est resté.
Sauf que la RE2020 mesure aussi les degrés-heures d'inconfort, les DH. C'est le cumul, sur l'année, des écarts entre la température intérieure et un seuil de confort, heure par heure. Et cet indicateur fonctionne à l'envers du précédent : une enveloppe très isolante et très étanche piège les apports au lieu de les évacuer.
Deux seuils encadrent le calcul. Au-delà de 350 DH, une consommation forfaitaire de refroidissement est ajoutée au projet : vous payez en Cep ce que vous n'avez pas maîtrisé en conception. Le second seuil est celui de la non-conformité. Il part de 1 250 DH et se module selon la zone climatique et l'altitude du projet. Autrement dit, la valeur qui s'applique à votre opération se lit sur votre opération, elle ne se récite pas.
Ce qui fait vraiment bouger les DH
Sur les projets que je traite, quatre leviers pèsent, dans cet ordre :
- Les protections solaires. C'est de loin le premier levier. Une casquette correctement dimensionnée au sud, des stores extérieurs à l'ouest : l'effet sur les DH est sans commune mesure avec quelques centimètres d'isolant supplémentaires.
- La surventilation nocturne. Encore faut-il qu'elle soit réellement praticable : des ouvrants manœuvrables, sécurisés, et un occupant qui peut ouvrir sans risque d'intrusion ni nuisance sonore. Une surventilation supposée dans le calcul mais impossible dans la vie réelle, c'est une non-conformité différée.
- L'inertie. Elle amortit les pics de température. Un projet en construction légère part avec un handicap qu'il faut compenser ailleurs.
- La part vitrée et son orientation. Un vitrage à l'ouest coûte beaucoup plus cher en DH qu'un vitrage au sud, qui se protège facilement.
Le vrai sujet, c'est le calendrier
Ces quatre leviers ont un point commun : ils se décident tôt. L'orientation du bâtiment, la profondeur des débords, le mode constructif, la position des ouvrants, tout cela est figé bien avant le dépôt du permis. Ce sont les mêmes arbitrages que ceux détaillés dans les cinq décisions d'esquisse qui déterminent votre RE2020.
C'est pour cela qu'une vérification des DH en phase esquisse ou APS ne coûte presque rien et change tout. La même vérification en phase PRO ne fait que documenter un problème devenu cher à résoudre : à ce stade, il ne reste souvent que la climatisation, c'est-à-dire un équipement en plus, une consommation en plus, et un impact carbone en plus.
Ce que je vérifie systématiquement
Sur toute étude RE2020, je regarde les DH avant les consommations. Si le projet est proche du seuil haut, je le signale immédiatement, avec les deux ou trois modifications qui apportent le plus de marge pour le moindre surcoût.
Passer un seuil de justesse n'est pas une réussite : c'est un risque reporté sur le chantier, sur l'occupant, et sur la première canicule.
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