Ponts thermiques : les liaisons qui pèsent, et celles qu'on surtraite
La demande arrive presque toujours formulée de la même façon : traiter les ponts thermiques. Au pluriel indistinct, comme s'il s'agissait d'un poste unique à cocher, quelque part entre l'isolant et l'étanchéité à l'air.
Dans un calcul, ce poste n'existe pas. Il y a une dizaine de familles de liaisons, dont deux ou trois portent l'essentiel de la déperdition, et le reste suit très loin derrière. Un projet qui dépense son budget sur les mauvaises liaisons paie deux fois : une fois le traitement, une fois le résultat qui ne bouge pas.
Un pont thermique ne se juge pas à son coefficient
Une liaison se caractérise par un coefficient linéique, noté psi, exprimé en watts par mètre et par kelvin. C'est une performance au mètre courant. Elle ne dit rien, seule, du poids de la liaison dans le bâtiment.
Ce qui compte, c'est le produit du coefficient par la longueur totale de la liaison dans le projet. Une jonction médiocre développée sur trois mètres pèse moins qu'une jonction correcte développée sur deux cents. C'est pour cela que la lecture d'un plan de détail, aussi méticuleuse soit-elle, ne classe rien : il faut le métré.
Les ponts thermiques ponctuels, eux, se comptent en watts par kelvin sans notion de longueur. Ils restent marginaux dans la plupart des ouvrages courants, sauf systèmes de fixation traversants répétés en grand nombre.
La hiérarchie, à peu près stable d'un projet à l'autre
En isolation par l'intérieur, l'ordre de grandeur change peu d'une opération à l'autre :
- La liaison plancher intermédiaire / façade. C'est la première du classement dans presque tous les bâtiments à étages. Le plancher traverse l'isolant sur tout le périmètre, à chaque niveau. Multipliez ce périmètre par le nombre de planchers : le linéaire cumulé dépasse souvent tout le reste additionné.
- Les balcons, coursives et casquettes structurelles. Une dalle qui sort en porte-à-faux est une ailette de refroidissement. Non désolidarisée, elle peut à elle seule rattraper le poids d'un plancher intermédiaire, sur un linéaire pourtant bien plus court.
- Le périmètre des menuiseries. Chaque liaison dormant / maçonnerie a un coefficient faible, et il y en a partout. Additionnez le tour de toutes les baies du bâtiment : c'est généralement la plus grande longueur cumulée du projet. Bonne nouvelle, c'est aussi la moins chère à améliorer, puisque tout se joue sur la position du dormant dans l'épaisseur du mur et sur le recouvrement de l'isolant.
- Les liaisons de la structure intérieure. Refends et murs de séparation qui viennent buter contre la façade, plancher bas sur vide sanitaire ou terre-plein. Fréquentes, rarement traitées, souvent oubliées du métré.
- L'acrotère et la jonction mur / toiture. Un seul linéaire, en haut du bâtiment, mais avec un coefficient qui peut être élevé quand la continuité d'isolant n'a pas été dessinée.
En isolation par l'extérieur, ce classement s'effondre : la continuité de l'isolant supprime la majorité de ces liaisons, et il ne reste vraiment que les éléments qui traversent l'isolant, balcons en tête. Le choix isolation intérieure ou extérieure est donc, dans les faits, la principale décision de traitement des ponts thermiques. Elle se prend avec le mode constructif, parmi les cinq décisions d'esquisse qui déterminent votre RE2020.
Ce que le calcul en voit, et ce qu'il ignore
Les ponts thermiques alimentent les déperditions, donc le besoin de chauffage, donc le Bbio, puis la consommation. Leur part relative augmente à mesure que les parois courantes s'améliorent : plus l'enveloppe est isolante, plus ce qui la perce compte.
Mais le calcul énergétique ne voit qu'une énergie. Il ne dit rien de la seconde conséquence d'une liaison mal traitée : un point froid en surface intérieure, donc de la condensation, donc des moisissures dans l'angle d'une pièce. Ce risque se vérifie sur la température de surface de la paroi, pas sur un indicateur réglementaire. Un bâtiment peut être conforme et avoir des taches noires en pied de refend deux hivers plus tard.
Dernier point sur les valeurs elles-mêmes. Un coefficient de liaison provient soit des règles de calcul thermique du bâtiment, soit d'une modélisation numérique du détail. Dans les deux cas, il décrit un détail précis, avec une épaisseur d'isolant, un retour, un recouvrement. Si le détail exécuté n'est pas celui qui a été calculé, la valeur retenue ne décrit plus votre bâtiment.
Les trois liaisons à faire chiffrer avant de figer la structure
Demandez à votre thermicien un classement en watts par kelvin, pas une liste de coefficients. La liste ne se hiérarchise pas, le classement se lit en une minute et se discute.
Sur ce classement, trois lignes méritent une décision explicite avant que la structure ne soit arrêtée : le plancher intermédiaire, les porte-à-faux extérieurs, et la position des dormants de menuiseries. Les deux premières coûtent cher à corriger plus tard, parce qu'elles touchent au béton. La troisième ne coûte rien tant qu'elle est prise à temps, et devient impossible une fois les tableaux réalisés.
Si votre projet est encore au stade des principes constructifs, c'est le bon moment pour faire le métré. Après, il ne restera qu'à constater le résultat.
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